Viktor Röthlin

Roesti fait maison

Une chaude journée de mai 2007. Au lieu de votre habituelle tenue de marathon, vous portez un tablier de cuisine blanc et une toque. Aujourd’hui, c’est un entraînement un peu particulier qui vous attend. Vous êtes dans la cuisine de l’Hôtel Schweizerhof Lucerne et, à vos côtés, se tient le chef Thomas Zürcher.

La télévision suisse est là pour filmer. Vous voulez partager l’un de vos rituels avant une compétition: vos «röstis» maison. En un rien de temps, vous transformez des pommes de terre crues en röstis croustillants. Vous parvenez même, en suivant les instructions du chef, à les retourner parfaitement dans la poêle. Celui-ci goûte et rend son verdict: «Excellents à leur façon. Nous ajouterions peut-être des oignons revenus et du lard. Mais avant un marathon, cette recette est idéale.»

Entraînement réussi! Vous souriez à la caméra et faites une nouvelle fois l’éloge de vos délicieux röstis:

«Même l’équipe kenyane de marathon prépare maintenant mes röstis, après avoir remarqué que je ne courais pas si mal.»

Coupez. La télévision a de quoi faire. Avec vos röstis, vous vous installez sur la terrasse ensoleillée de l’hôtel pour vous détendre.

Vous avez remporté l’argent aux championnats d’Europe l’année dernière et visez d’excellents résultats aux prochains championnats du monde à Osaka. Un rêve vous donne sans cesse le résultat de la prochaine compétition. D’où votre devise dans la vie: «If you dream it, you can do it.»

Le directeur de l’hôtel vous tire de vos rêveries et s’assoit un instant avec vous. Vous vous connaissez très bien. Non seulement parce que vous appréciez de séjourner ici, mais aussi parce qu’il aime courir pendant son temps libre. Vous vous croisez de temps en temps à l’extérieur de l’hôtel, lors de courses.

L’Hôtel Schweizerhof est en outre l’établissement officiel du marathon de Lucerne. Il n’y a qu’ici que les dossards sont directement livrés dans la chambre.
 

En l’honneur de vos röstis, l’hôtel organise toujours la veille du marathon une Pa(s)tata-Party avec un menu pâtes-röstis. «Bonne chance pour Osaka», vous souhaite le directeur en prenant congé.

Il est tard, vous retournez dans votre chambre en espérant faire de beaux rêves. Et ceux-ci se réalisent: vous décrochez le bronze aux championnats du monde à Osaka en 2007, terminez sixième aux Jeux olympiques de Pékin en 2008 et faites un come-back remarqué à Barcelone en 2010, après une interruption pour cause de maladie, en triomphant aux championnats d’Europe.

Avec un record de 2:07:23, vous êtes le marathonien suisse le plus rapide de l’histoire. Faites de beaux rêves!